Sérénade

L. Aubert

La lune s'est bâti dans les flots cette nuit

Un grand palais d'argent qui tremble et qui reluit.

Il a des tours d'ivoire et de neige, et chacune

Porte mon rêve errant au palais de la lune.

Il a des clairs balcons penchés au flanc des tours

Et des escaliers blancs où pleure mes amours.

Si tu veux t'en aller sur les flots, que ta rame

Évite le palais de la lune, ô douce âme.

Toi dont la pitié passe à travers mon destin

Comme un baiser furtif, comme un amour éteint,

Ne heurte pas mon rêve avec ta rame noire.

Le pauvre rêve errant le long des tours d'ivoire;

Ne brise pas, crois-moi, de tes avirons lourds

Les pâles escaliers où pleurent mes amours,

Mais passe en contemplant le sillage sonore

Qui va se dissiper lentement à l'aurore.