La chanson du vent qui vente

L. Bourgault-Ducoudray

An avel a zeu deus a bell;

Den na oar piv ê an avel...

Le vent vient de loin;

Personne ne sait qui est le vent...

Le vent qui vente est à ma porte

Qui pleure, comme une âme morte.

Il geint: « Ouvrez au nom de Dieu!

Je vois chez vous lueur de feu,

Je voudrais me chauffer un peu! »

Alors j'ai dit à la servante;

« Annik, ouvrez au vent qui vente. »

Et le vent qui vente est entré,

Et, devant l'âtre vénéré,

Doucement il a soupiré.

Avec des bonds de chien folâtre,

La flamme a sursauté dans l'âtre.

« Salut! a dit le foyer clair,

(Car le foyer parle en hiver)

« Salut au pauvre vent de mer! »

Le vent, assis sur l'escabelle,

A répondu de sa voix belle:

« Langue du feu, chère aux humains,

Lèche les pieds, lèche les mains

Du vagabond des grands chemins. »

A la claire flamme vivante

S'est réchauffé le vent qui vente;

S'est réchauffé le vent errant

Qui toujours va courant, courant,

Si maigre qu'il est transparent.

Il m'a raconté son histoire,

Sa misère, son purgatoire.

Père ni mère il n'a connu;

Il ne sait où va son pied nu,

Ni d'où, nu-pieds, il est venu.

Une âme est en lui, qu'il ignore,

Une âme innombrable et sonore;

Il la traîne par l'univers;

Elle est la chanson des blés verts

Et le rugissement des mers.

Il sème les graines fécondes,

Il creuse les fosses des ondes,

Il chante et hurle tour à tour;

C'est-un aveugle, c'est un sourd

Ouvrier de mort et d'amour.