Les sorcières

L. Vierne

Ô colère, ô jalousie,

Sorcières aux doigts crochus,

À la figure roussie,

Anges des amours déchus,

J'ai pénétré dans votre antre

Pour savoir la vérité.

Le coeur malade on y entre,

On en sort le coeur gâté.

Vous m'avez dans votre filtre

Et votre noir alambic

Distillé l'horrible philtre

Qui me mord comme un aspic.

Dans votre infernale forge

Dont la haine est le marteau,

Votre patte a pour ma gorge

Forgé le fil d'un couteau.

Et c'est avec votre lame,

C'est avec votre liqueur,

Que j'ai meurtri ma pauvre âme

Et soûlé mon pauvre coeur.

Sorcières de la caverne,

Ô gueuses, je vous maudis.

Vous avez fait un Averne

De mon divin paradis.