À l'hirondelle

L. Vierne

Toi qui peux monter solitaire

Au ciel, sans gravir les sommets,

Et dans les vallons de la terre

Descendre sans tomber jamais;

Toi qui, sans te pencher au fleuve

Où nous ne puisons qu'à genoux,

Peux aller boire, avant qu'il ne pleuve,

Au nuage trop haut pour nous;

Toi qui pars au déclin des roses

Et reviens au nid printanier,

Fidèle aux deux meilleures choses,

L'indépendance et le foyer;

Comme toi, mon âme s'élève

Et tout à coup rase le sol,

Et suit avec l'aile du rêve

Les beaux méandres de ton vol.

S'il lui faut aussi des voyages,

Il lui faut son nid chaque jour;

Elle a tes deux besoins sauvages:

Libre vie, immuable amour.