Lentement, doucement

M. Canal

Lentement, doucement, de peur qu'elle se brise,

Prendre une âme; écouter ses plus secrets aveux,

En silence, comme on caresse des cheveux;

Atteindre à la douceur fluide de la brise;

Dans l'ombre, un soir d'orage, où la chair s'électrise,

Promener des doigts d'or sur le clavier nerveux;

Baisser l'éclat des voix; calmer l'ardeur des feux;

Exalter la couleur rose à la couleur grise;

Essayer des accords de mots mystérieux

Doux comme le baiser de la paupière aux yeux;

Faire ondoyer des chairs d'or pâle dans les brumes;

Et, dans l'âme que gonfle un immense soupir

Laisser, en s'en allant, comme le souvenir

D'un grand cygne de neige aux longues, longues plumes.