A une fiancée de quinze ans

M. del Adalid

Sur ton front, Laurence,

Laisse-moi poser

De l'indifférence

Le chaste baiser.

Si je le prolonge,

Oh! ne rougis pas!

On s'attache au songe

Qui fuit de nos bras.

Ma lèvre dérange,

Sur tes blonds cheveux,

Le bouquet d'orange

Embaumé de vœux;

Ta main est promise,

Et l'autel est prêt:

Viens, que je te dise

Mon dernier secret!

J'ai deux fois ton âge,

Ta joue est en fleur;

Mais ta jeune image

Rajeunit mon cœur.

Toi dans ma paupière,

J'avais lit au Temps:

« Je la vois derrière.

Marche; moi, j'attends. »

Les mots de caresse

Que tu m'épelais,

Ces noms de tendresse

Dont je t'appelais,

Ennui dans l'absence

Et joie au retour,

C'était l'innocence,

Mais c'était l'amour.

Le bonheur qu'on sème,

Hélas! n'éclôt pas.

Un plus heureux t'aime:

Va, cours dans ses bras.

Cette larme pure

Qui brûle ton front,

O triste parure,

Ses doigts la boiront.

Au rayon d'automne

Trop prompt à fleurir,

L'amandier couronne

Son front, pour mourir.

Tu fus, ô mon rêve,

Ce printemps d'un jour:

Mon cœur, c'est la séve;

La fleur, mon amour!