Un visage à mon oreille

M. Jaubert

Un visage à mon oreille, un visage de miroir,

vient s'appuyer dans le noir.

Beau visage reste, veille,

Reste et ne t'alarme pas,

C'est un homme et son sommeil

Qui sont là, proche de toi.

Fais qu'ils pénètrent tous deux

Dans les bois de mille lieues

Aux feuilles toutes baissées

Comme paupières fermées,

Territoire où les oiseaux chantent

Sous leurs ailes closes

Et se réveillent à l'aube

Pour se taire et regarder.

Dors, j'écoute et je regarde

Si la terre est toujours là!

Si les arbres sont les arbres

Si les routes obéissent

Et si l'étoile novice que tu découvris hier

Brille encore dans le ciel lisse

Et s'approche de notre air.

Dors tandis que les maisons

Dans leur force et leurs étages,

Lasses de passer les âges

Disparaissent un instant.

Est-ce bien toi que j'entends

À travers ce grand sommeil

Chaîne de montagnes qui me sépare de toi?

Suis-je sur la vieille terre

Où les distances ressemblent

À ces lignes de nos mains,

Nul ne sait qui les assemble?

Sur chaque herbe et chaque tige,

Sur les plus fuyants poissons,

Je veille et te les préserve

Je les sauve pour demain

Et tu trouvera aussi pour te déceler le monde

Les insectes, la couleur des yeux et le son des

heures.

Vienne le sommeil te prendre,

Déjà ton lit se souvient d'avoir été un berceau.

Que tes mains s'ouvrent et laissent s'échapper

force et faiblesse.

Que ton coeur et ton cerveau tirent enfin les

rideaux,

Que ton sang s'apaise ainsi

Pour favoriser la nuit.