Chanson d'Automne

M. Labori

Les feuilles mortes, envolées,

Couvrent le sable des allées

D'un pâle tapis de velours;

Le vent les roule et les emporte...

-- J'ai cru qu'avec la feuille morte

Devaient s'envoler mes amours.

L'oiseau jette au bois monotone

Son court et triste chant d'automne

En effleurant les noirs buissons...

-- Désolé comme la fauvette,

J'ai cru que ma bouche muette

N'aurait jamais plus de chansons.

Au temps où verdissaient les chênes,

J'avais laissé de douces chaînes

Éteindre ma vie et mon cœur.

Ô quelle ivresse était la nôtre!...

Et nous nous penchions l'un vers l'autre

Dans une amoureuse langueur.

Quand me trahit la trop-aimée,

Au seuil de sa chambre fermée

Je sanglotai jusqu'au matin;

Puis, dans mon âme déliée

Je pensai l'avoir oubliée

Ainsi qu'un beau rêve lointain...

Ce soir, je revois l'infidele:

Mon cœur bat en passant près d'elle,

Comme si je l'aimais toujours;

Mes yeux se mouillent, ma voix tremble...

-- Vous revenez toutes ensemble,

Ô mes chansons! ô mes amours!