Chut !

M. Noël

L'autre jour, j'étais à tes pieds,

Je levai sur toi mon visage

Et te vis scruter au passage

Mes yeux par les tiens épiés.

Par mes inquiétants silences

J'avais mis ton cœur en souci,

Mon calme te semblait transi,

L'amour n'a pas ces nonchalances!

Et ta trop facile bonté

Te donnant du regret peut-être,

Tu te penchas à la fenêtre

Pour cacher ton front attristé.

Et je te dis, infortunée,

Qui trouves le ciel trop serein,

Tu m'as vu turbulent, chagrin,

Mais tu ne t'étais pas donnée!

Quels vœux formerais-je aujourd'hui?

J'ai cueilli ton cœur sur ta bouche

Comme un oiseau qu'on effarouche,

Le bonheur trop brusqué s'enfuit...

Qu'il trouve chez nous un asile

Silencieux, tiède, embaumé!

Et qu'heureux d'y vivre enfermé,

Il attende qu'on l'en exile!