L’Ange pâle

M. Rollinat

À la longue, je suis devenu bien morose:

Mon rêve s'est éteint, mon rire s'est usé.

Amour et Gloire ont fui comme un parfum de rose;

Rien ne fascine plus mon cœur désabusé.

Il me reste pourtant un ange de chlorose,

Enfant pâle qui veille et cherche à m'apaiser;

Sorte de lys humain que la tristesse arrose

Et qui suspend son âme aux ailes du baiser.

Religieux fantôme aux charmes narcotiques!

Un fluide câlin sort de ses doigts mystiques;

Le rythme de son pas est plein de nonchaloir.

La pitié de son geste émeut ma solitude;

À toute heure, sa voix infiltreuse d'espoir

Chuchote un mot tranquille à mon inquiétude.