Pensée perdue

O. Nazaykinskaya

Elle est si douce, la pensée,

Qu'il faut, pour en sentir l'attrait,

D'une vision commencée

S'éveiller tout à coup distrait.

Le coeur dépouillé la réclame;

Il ne la fait point revenir,

Et cependant elle est dans l'âme,

Et l'on mourrait pour la finir.

A quoi pensais-je tout à l'heure?

A quel beau songe évanoui

Dois-je les larmes que je pleure?

Il m'a laissé tout ébloui.

Et ce bonheur d'une seconde,

Nul effort ne me l'a rendu;

Je n'ai goûté de joie au monde

Qu'en rêve, et mon rêve est perdu.