La petite Ilse

P. Bréville

Pleurez la petite Ilse est morte.

On l'a mise en un batelet

Tendu de drap noir, à l'ourlet

Brodé d'argent, comme on en porte

A la cour pour le deuil du roi.

Le cadavre d'Ilse a bien froid.

Ilse a les deux lèvres gercées

Et les paumes des mains glacées,

Toute raide en son lit étroit.

De grands oiseaux dans les ténèbres

Tournoient avec des cris funèbres

Autour du cercueil: un muet

Veille le corps blème et fluet,

Et la barque entre les deux rives

Glisse et descend à la dérive.