L'étranger
P. Curet
II a passé comme un nuage,
Comme un flot rapide en son cours;
Mais mon cœur garde son image
Toujours.
Mais son regard, plein de tendresse,
A rencontré mes yeux ravis,
Et depuis ce moment d ivresse
Je vis!
Et ma pensée aventureuse
D'un rêve se laisse charmer;
Je l'aime... et je me sens heureuse
D'aimer.
Mais parfois aussi je me livre,
Hélas! au plus cruel ennui,
Quand je songe qu'il me faut vivre
Sans lui!
Quoi! cette âme que j ai rêvée,
Que longtemps j'ai cherchée en vain,
Cette sœur... je l'avais trouvée
Enfin!
Je l'avais trouvée!... ô martyre!
Affreux tourment que j'offre à Dieu!
Je la trouve... et c'est pour lui dire:
Adieu!
Pourtant, si le Ciel nous protége...
II était si pur, notre amour!
Peut-être encor le reverrai-je
Un jour.
Oh! qu'un moment je le revoie,
Qu'un moment j'ose le chérir...
Oui, dussé-je de tant de joie
Mourir!