Je ne dois plus la voir jamais

P. Curet

Je ne dois plus la voir jamais,

Mais je vais voir souvent sa mère;

C'est ma joie, et c'est la dernière,

De respirer où je l'aimais.

Je goûte un peu de sa présence

Dans l'air que sa voix ébranla;

Il me semble que parler là,

C'est parler d'elle à qui je pense.

Nulle autre chose que ses traits

N'y fixait mon regard avide;

Mais, depuis que sa chambre est vide,

Que de trésors j'y baiserais!

Le miroir, le livre, l'aiguille,

Et le bénitier près du lit...

Un sommeil léger te remplit,

Ô chambre de la jeune fille!

Quand je regarde bien ces lieux,

Nous y sommes encore ensemble;

Sa mère parfois lui ressemble

À m'arracher les pleurs des yeux.

Peut-être la croyez-vous morte?

Non. Le jour où j'ai pris son deuil,

Je n'ai vu de loin ni cercueil

Ni drap tendu devant sa porte.