J'ai rêvé d'un jardin primitif
P. Gaubert
J'ai rêvé d'un jardin primitif, où des Ames
Cueillaient le trèfle d'or en robes de candeur;
Où des souffles d'azur, veloutés de tiédeur,
Berçaientdes fleurs d'argent, sveltes comme des femmes.
A l'ombre, au bord des eaux, sous des arbres légers.
Les mystiques Amants rêvaient leur solitude;
Et tout était extase, et joie, et plénitude,
Et las agneaux de Dieu paissaient dans les vergers.
L'Amour sanctifié, sans hâtes et sans fièvres,
Buvait à l'urne exquise et profonde des lèvres,
O songe d'un désir parfumé par le ciel!
Et j'étais lu, debout parmi les marjolaines,
Virginal, et l'archet des blanches cantilènes
A mes doigts efiilés d'ange immatériel.