Le cœur blessé
P. Gaubert
Venez, beau cœur blessé, sur ce cœur qui vous aime,
Et que votre sanglot s'apaise dans le sien,
Car dans toute douleur chacun souffre de même:
Le mal le plus récent vaut le plus ancien.
Venez, cher cœur blessé, reposer votre plainte
Sur ce cœur qui jadis connut votre tourment
Et qui retrouve en vous, avec sa flamme éteinte.
L'ardeur dont il brûla si douloureusement.
Venez. La nuit farouche est faite de silence.
Voici l'acier du glaive et le fer de la lance;
Le coup qui vous transperce autrefois m'a percé;
Écoutons votre sang à mon sang qui se mêle,
Goutte à goutte, couler dans un même passé
Où le caillot s'avive à la pourpre nouvelle.