Ville morte

P. Jarnach

Vague, perdue au fond des sables monotones

La Ville d'Autrefois, sans tours et sans remparts,

Dort le sommeil dernier des vieilles Babylones,

Sous le suaire blanc de ses marbres épars.

Jadis elle régnait! Sur ses murailles fortes

La Victoire étendait ses deux ailes de fer,

Tous les peuples d'Asie assiégaient ses cent portes

Et ses grands escaliers descendaient vers la mer.

Vide, à présent, et pour jamais silencieuse

Pierre à pierre elle meurt sous la lune pieuse,

Auprès de son vieux fleuve, ainsi qu'elle épuisé

Et seul, un éléphant de bronze, en ces désastres,

Droit encore au sommet d'un portique brisé,

Lève tragiquement sa trompe vers les astres.