Dame ainsi est
P. Le Flem
Dame, c'est ainsi, il me convient de m'en aller
Et quitter la douce contrée
Où j'ai appris à endurer tant de souffrance,
Lorsque je vous laisse, je dois en toute justice me haïr.
Dieu! Pourquoi le royaume d'Outremer fut-il créé
Qui aura séparé tant d'amants
Dont plus jamais l'amour ne connut le réconfort
Et jamais plus qui ne purent retrouver leur joie?
Je ne pourrai jamais durer sans amour,
Tant j'y consacre toute ma pensée.
Mon cœur pur ne me permet pas l'abandon;
Au contraire je me trouve là où il le veut le désire.
J'ai très bien appris les dures leçons de l'amour,
Pour cela je ne vois pas comment je pourrais vivre
Sans avoir ma joie la plus désirée
A laquelle jamais nul n'osât demander sa pitié.
Je ne vois pas, quand je suis loin d'elle,
Comment je pourrais avoir bien ni consolation ni joie
Car jamais je n'agis tant contre mon cœur
Que lorsque je vous laisse sans être assuré de vous revoir:
J'en suis si malheureux et éperdu.
Bien des fois je m'en serai repenti
D'avoir un jour voulu emprunter cette voie
Quand je me rappelle vos propos charmants.
Beau Seigneur Dieu, je me suis tourné vers vous.
Pour vous j'abandonne tout ce que j'aimais tant.
La récompense doit en être grande et toute garnie de fleurs
Quand pour vous je perds et mon cœur et ma joie.
Pour vous servir, me voilà tout prêt et équipé
Je me remets à vous, beau Père Jésus Christ!
Je ne pourrais servir un si bon seigneur;
Celui qui vous sert ne peut être trahi.
Il est juste que mon cœur soit triste et joyeux –
Triste car je quitte ma dame
Et joyeux, puis je suis désireux
De servir Dieu, qui est mon corps et mon âme.
Cet amour est infiniment pur et puissant
Sur sa voie doivent cheminer les plus savants;
C'est le rubis, l'émeraude, la pierre précieuse
Qui guérit tous les hommes de leurs vils péchés répugnants.
Dame des cieux, grande reine puissante
Secourez-moi dans la grande nécessité
Puissé-je brûler pour vous de la flamme du juste amour,
Lorsque je perds une dame, qu'une dame soit mon soutien.