La fille aux étoiles

P. Vidal

Il était, une fois, une petite fille

Dont les parents étaient des malheureux.

La mort vint un matin visiter la famille

Et les emporta tous les deux.

L'enfant n'eut plus personne au monde;

De son triste logis, bientôt, on la chassa,

Nul ne prit en pitié sa misère profonde;

Seule, une pauvre vielle, alors qu'elle passa

Devant sa porte, prit une miche de pain,

Et la lui plaça dans la main.

S'éloignant de l'asile où Dieu l'avait fait naître,

Jeanne marcha tout droit devant elle;

Les yeux fixés sur l'horizon où finissent les cieux!

Elle pensait: mon père et ma mère,

peut-être sont là, veillant sur moi!

Je veux aller vers eux!

Sous sa mince robe trouée,

Unique vêtement qui cachât sa maigreur,

Jeanne sentait le froid lui labourer le coeur;

Elle allait toujours, enfiévrée.

Soudain, tout en suivant la route

Qui la menait à l'inconnu,

Elle vit un vieillard sur la terre étendu,

Et se mourant de faim sans doute.

S'arrêtant en chemin, Jeanne tendit

Au vieux son seul morceau de pain.

Un souffle ardent balaya sa figure;

Il lui sembla, comme un murmure,

Entendre chuchotter des voix

Qui passaient au-dessus des bois...

La nuit était venue;

Au-dessus d'un grand arbre,

Jeanne vit une enfant comme elle;

Ainsi qu'un marbre, elle semblait glacée,

Et sanglotait tout bas: comme j'ai froid!

Mon Dieu... ne m'entendrez-vous pas?

Sans même hésiter un moment,

Jeanne laissa tomber l'unique vêtement

Qui la couvrait et, doucement,

L'étendit tout du long sur ce corps frissonnant!

Aussitôt, toutes les étoiles

Lentement, tombèrent des cieux!

Et firent à l'enfant sans voiles

Une robe aux plis radieux.

Puis elle entendit, dans la nue,

Des voix qui lui desaient:

Enfant, parmi nous sois la bienvenue,

Viens, Jésus t'attend!

Et Jeanne, en un char d'étincelles,

Monta vers les cieux avec elles.