Les rois mages

Paladilhe

À minuit sonnant passent les Rois Mages.

Ils viennent tous trois du pays lointain

Où fleurit la rose, où naît le matin.

Ils vont à Jésus rendre leurs hommages.

Ils vont saluer l'enfant printanier,

Son père Joseph, sa mère Marie.

Deux sont blancs, avec la barbe fleurie;

Le troisième est noir comme un charbonnier.

Tandis qu'ils dormaient, la couronne en tête,

Un ange du ciel éblouit leurs yeux:

— « Ô rois, levez-vous, le monde est joyeux;

Ô rois, levez-vous, la terre est en fête.

« Allez promptement. Le Sauveur est né,

Parmi les pasteurs, au fond d'une crèche. »

La brise souffla, divinement fraîche,

Et tout le palais fut illuminé.

Ils ont pris congé de la reine brune

Dont la bouche en fleur a soudain pâli.

Ils ont embrassé l'héritier joli;

Les voilà partis dans la nuit sans lune.

Ils vont, galopant par monts et par vaux,

Franchissant les bois et les chènevières;

Ils sautent d'un bond fleuves et rivières,

Et la terre tremble sous leurs chevaux.

Ils vont. Leurs manteaux traînent sur la brande

Où filent gaiement par les prés mouillés.

Trente petits nains, de rouge habillés,

Sur des coussins verts portent leur offrande.

Et toujours, loin, loin dans le firmament,

Une étoile brille et les accompagne.

Sa douce lueur endort la campagne,

Sous la nuit sans lune, ineffablement.

Voici qu'en pleins champs apparaît l'étable.

L'étoile s'arrête et la troupe aussi.

« Holà, font les Rois, entrons. C'est ici

Que nous trouverons l'enfant délectable. »