Ô cher Enfantelet

Paladilhe

O cher enfantelet, vrai pourtraict de ton père,

Dors sur le seyn que ta bousche a pressé!

Dors, petiot; cloz, amy, sur le seyn de ta mère,

Tien doulx œillet par le somme oppressé!

Bel amy, cher petiot, que ta pupille tendre

Gouste ung sommeil qui plus n'est fait pour moy!

Je veille pour te veoir, te nourrir, te défendre...

Ainz qu'il m'est doulx ne veiller que pour toy!

Dors, mien enfantelet, mon soulcy, mon idole!

Dors sur mon seyn, le seyn qui t'a porté!

Ne m'esjouit encor le son de ta parole,

Bien ton soubriz cent fois m'aye enchanté.

0 cher enfantelet, etc.

Me soubriraz, amy, dez ton réveil peut-estre;

Tu soubriraz à mes regards joyeulx...

Jà prou m'a dict le tien que me savoiz cognestre,

Jà bien appriz te myrer dans mes yeulx.

Quoy! tes blancs doigtelets abandonnent la mamme,

Où vingt puyzer ta bouschette à playzir!...

Ah! dusses la seschier, cher gage de ma flamme,

N'y puyzeroiz au gré de mon dezir!

Cher petiot, bel amy, tendre fils que j'adore!

Cher enfançon, mon soulcy, mon amour!

Te voy toujours; te voy et veulx te veoir encore:

Pour ce trop brief me semblent nuict et jour.

0 cher enfantelet, etc.

Estend ses brasselets; s'espand sur lui le somme;

Se clost son œil; plus ne bouge... il s'endort...

N'estoit ce tayn floury des couleurs de la pomme,

Ne le diriez dans les bras de la mort?...

Arreste, cher enfant!... j'en frémy toute engtiere!...

Réveille-toy! chasse ung fatal propoz!...

Mon fils!... pour ung moment... ah! revoy la lumiere!

Au prilx du tien, rends-moy tout mon repoz!...

Doulce erreur! il dormoit... c'est assez, je respire;

Songes légiers, flattez son doulx sommeil!

Ah! quand voyray cestuy pour qui mon cœur souspire,

Aux miens costez, jouir de son réveil?

0 cher enfantelet, etc.

Quand te voyra cestuy dont az receu la vie,

Mon jeune espoulx, le plus beau des humains?

Oui, desjà cuyde voir ta mere aux cieulx ravie

Que tends vers luy tes innocentes mains!

Comme ira se duysant à ta prime caresse!

Aux miens bayzers com't'ira disputant!

Ainz ne compte, à toy seul, d'espuyser sa tendresse,

A sa Clotilde en garde bien autant...