Mon cadavre est doux comme un gant

Poulenc, Francis

Mon cadavre est doux comme un gant

Doux comme un gant de peau glacée

Et mes prunelles effacées

Font de mes yeux des cailloux blancs.

Deux cailloux blancs dans mon visage

Dans le silence deux muets

Ombrés encore d'un secret

Et lourds du poids mort des images.

Mes doigts tant de fois égarés

Sont joints en attitude sainte

Appuyés au creux de mes plaintes

Au noeud de mon coeur arrêté.

Et mes deux pieds sont des montagnes,

Les deux derniers monts que j'ai vus

À la minute où j'ai perdu

La course que les années gagnent.

Mon souvenir est ressemblant,

Enfants emportez-le bien vite,

Allez, allez, ma vie est dite.

Mon cadavre est doux comme un gant.