Voyage

H. Poupard

Chemin de nuit, nuit du chemin! la lune est

sur le lac, le lac est dans tes yeux. La voiture

emportait notre voyage nocturne. Tes yeux sont

les yeux des voyages, voyages des

convalescents. Quand le postillon ne chantera

plus je te dirai ma pensée, c'est un question de

géologie architecturale au sujet de l'infini des

montagnes, de la forme des montagnes. Il y

avait sur la couverture à griffes un bol de

porcelaine où la lune mettait un point. Dans

le demi-sommeil de la voiture - le postillon

chante, chante postillon - je croyais que la lune

était le bol, que la couverture à griffes c'était

les montagnes et que nous n'étions plus sur

terre. Plus de lune! O nuit des chemins!

O chemin des nuits: tes yeux sont des yeux de

la mer et je ne te connais pas. C'est ainsi que

nous avançons avec tout notre laisser-aller vers

ce pays qui n'est pas loin que je ne souhaitais

pas de connaître et où une certaine angoisse

m'indique que le postillon me conduit

en chantant. Maintenant c'est la peur!