Chant de Chloé

R. Laparra

Un brûlant frelon vient se pendre

Au mol clocheton d'une fleur.

Ils s'unissent: on peut entendre

Un bruit volant, vibrant, ronfleur.

C'est un baiser cuisant et tendre,

Et la fleur feint de se défendre

Contre la flambante rumeur

Qui distend sa grâce ténue…

Puis le frelon, léger, repart.

On croit voir voler dans la nue

L'âme jaspée du léopard,

Cependant que, dans son calice

Remué, déchiré, rêveur,

La docile et constante fleur

Retient un meurtrier délice.

L'insecte n'a pas tant d'ardeur

Que cette fleur qu'il vient de fendre.

— Ô mon amour, peux-tu comprendre

Ce que c'est que la profondeur?…