Le Ruisseau

S. Merken

Ruisseau qui baignes cette plaine,

Je te ressemble en bien des traits.

Toujours même penchant t'entraîne:

Le mien ne changera jamais.

Tu fais éclore des fleurettes:

J'en produis aussi quelquefois.

Tu gazouilles sous ces coudrettes:

De l'amour j'y chante les lois.

Ton murmure flatteur et tendre

Ne cause ni bruit ni fracas;

Plein du souci qu'amour fait prendre,

Si je murmure, c'est tout bas.

Rien n'est dans l'Empire liquide

Si pur que l'argent de tes flots;

L'ardeur qui dans mon sein réside

N'est pas moins pure que tes eaux.

Des vents qui font gémir Neptune

Tu braves les coups redoublés;

Des jeux cruels de la fortune

Mes sens ne sont jamais troublés.

Je ressens pour ma tendre amie

Cet amoureux empressement

Qui te porte vers la prairie

Que tu chéris si tendrement.

Quand Thémire est sur ton rivage,

Dans tes eaux on voit son portrait;

Je conserve aussi son image;

Elle est dans mon cœur, trait pour trait.

Tu n'as point d'embuche profonde;

Je n'ai point de piège trompeur.

On voit jusqu'au fond de ton onde;

On voit jusqu'au fond de mon cœur.

Au but prescrit par la nature

Tu vas, d'un pas toujours égal,

Jusqu'au temps où par sa froidure,

L'hiver vient glacer ton cristal.

Sans Thémire je ne puis vivre;

Mon but à son cœur est fixé.

Je ne cesserai de le suivre

Que quand mon sang sera glacé.