Le pêcheur de Sorrente

V. Capecelatro

Sorrente, doux rivage,

Espoir des matelots,

Les parfums de la plage

Nous guident sur les flots.

Consultez les étoiles,

Vous qu'attend le danger;

Moi, je guide mes voiles

Où fleurit l'oranger.

Ici mon toit de chaume

A pour moi plus d'attraits

Que le superbe dôme

Du plus fiche palais.

Pour la fleur du courage

Va combattre, guerrier;

Ma cabane s'ombrage

D'un paisible laurier.

Que Nisida m'enchante!

Qu'elle est blanche, sa main!

Que sa voix est touchante

Quand elle dit: « Demain! »

Chacun cherche à lui plaire;

Moi seul suis écouté:

Tous craignent sa colère;

Je ris de sa fierté.

Les filles de Sorrente

Imitent ses atours,

Son corsage amarante

Aux lacets de velours._

Les bandeaux d'une reine

sont bien moins enviés

Que les nattes d'ébène

Qui tombent à ses pieds.

L'éclat d'une couronne

Tenterait moins mes vœux

Qu'un bouton d'anémone

Caché dans ses cheveux.

Tous ces mets qu'on arrange

Pour la table des rois

Valent-ils une orange

Que partagent ses doigts?

Rien ne me fait envie;

Tout réjouit mon cœur,

Et j'ai fait de la vie

Un long jour de bonheur.

Jamais je ne prolonge

Les heures du sommeil;

Il n'est point d'heureux songe

Qui vaille mon réveil.

Je prie, et Dieu m'envoie

Ce que j'ai désiré

Et c'est encor de joie

Qu'un seul jour j'ai pleuré.

Ah! si Dieu, que j'adore,

Au Ciel m'a destiné,

J'y veux choisir encore

Tout ce qu'il m'a donné.