L'apothicaire facétieux

V. d'Indy

Dedans Paris, y'a-t-une dame,

Qui est plus belle que le jour

Mais elle a une servante,

Qu'elle aurait, qu'elle aurait, qu'elle aurait bien voulu

Etre aussi bell' que sa maîtress'; Mais y en a plus!

S'en va trouver l'apothicaire:

«Monsieur, du fard, en vendez-vous?»

«Oh! oui, oh! oui, mademoiselle,

J'en vends, j'en vends, j'en vends, j'en vends en quantité;

Je vous en donnerai demi-onc' pour votr' beauté!

Quand vous aurez à vous farder,

Prenez bien gard' de vous mirer.

Eteignez votr' chandelle,

Balbouille-, balbouille-, balbouille-, balbouillez-vous.

Demain vous en serez plus belle que le jour.»

Le lendemain, n'a pas manqué,

De grand matin ell' s'est levée,

Elle a pris sa collerette,

Son blanc cor-, son blanc cor-, son blanc cor-, blanc corset.

Ell' s'en va fair' le tour de ville sans se mirer...

Elle a pas fait cinq ou six pas,

Son cher ami ell' rencontra:

«Où vas-tu, Fanchett' coquette,

Tout' balbou-, tout' balbou-, tout' balbou-, balbouillée?

On dirait qu't'as fait ta toilette à la ch'minée!»

Ell' s'en court chez l'apothicaire:

«Monsieur, que m'avez-vous donné?..»

«Je vous ai donné du cirage

Pour mettr' su, pour mettr' su, pour mettr' su vos souliers,

Car ce n'est pas d'une servant' de se farder!»