Les goëlands

V. Massé

Un brick appareillat dans un des ports de Nantes,

Et des femmes en pleurs, des mères, des amantes

Erraient dans les rochers, tout le long de la mer;

Puis, dansant une ronde, elles chantaient cet air:

Ce matin, à marée haute,

Les jeunes gens du Croizic

Vont s'embarquer sur leur brick;

Mes soeurs, chantons sur le côte,

Goëlands, goëlands,

Ramenez-nous nos amants.

Les blancs oiseaux volaient par milliers sur les lames,

De la terre au navire, et des marins aux femmes,

Ils allaient, revenaient, passaient en tourbillons

Sur la ronde plaintive et dans les pavillons.

Goëlands, aux ports d'Espagne,

Guidez nos chers matelots,

Et parlez leur sur les flots

Des filles de Bretagne.

Goëlands, goëlands,

Ramenez-nous nos amants.

Le Brick ouvre sa voile; adieu! l'ancre est tirée,

Il part, en s'inclinant vers une autre contrée.

Les fidèles oiseaux l'ont suivi: mais, hélas!

Les femmes vers la mer tendaient en vain les bras.

Suivez, suivez leur voyage,

En Espagne, en tous pays!

Ne craignez pas leurs fusils

Les amis au blanc plumage.

Goëlands, goëlands,

Ramenez-nous nos amants.