Le chant des Caïdjis

V. Massé

Le caïque volait.

Appuyés sur leurs rames

Les caïdjis chantaient

un orgueilleux refrain.

Tandis que leur esquif

balancé sur les lames,

Se dressait tout à coup

et s'abaissait soudain.

Le caïque vole

Et file en avant

Dans sa course folle

Plus prompt que le vent.

Il fuit plus rapide

Que le roi des airs,

Que le cerf timide

Et que les éclairs.

Il entr'ouvre et brise

Comme un coin d'airain

La vague surprise

Qui résiste en vain.

Allah le protège!

Dans le paradis

Il a son cortège

De bons caïdjis.

Au bord du rivage

Le coursier lancé

Écume de rage

D'être dépassé.

La preste hirondelle

S'étonne et poursuit

Ce rival sans aile

Qui vole et qui fuit.

Allah nous protège!

Dans le paradis

Il a son cortège

De bons caïdjis.

Fathmé la charmante

Guette mon retour,

Mais souvent l'attente

A lassé l'amour.

Djehmé la charmante

Guette mon retour,

Mais souvent l'attente

A lassé l'amour.

Beau caïque vole,

Vole, oiseau léger,

Ôte à la frivole

Le temps de changer.

Qu'Allah me protège,

Et qu'au paradis

Je sois du cortège

Des bons caïdjis.