Chrysanthème

X. Leroux

Pour savoir a quel point je t'aime,

Effeuille, en rêvant, mon trésor,

Non la marguerite au cœur d'or,

Mais ce cœur blanc du chrysanthème.

Car plus serrés et plus nombreux,

Ses pétales, faisceau de glaives,

Diront mieux l'infini des rêves

Où se perd mon cœur amoureux.

« Un peu! – beaucoup! » mots sans pensée;

Et même: « passionnément »,

Un mot qui ne dit rien vraiment

Du mal dont mon âme est blessée.

C'est par mille et mille douleurs

Que mon être se multiplie

Et, languissant, vers toi se plie

Comme le chrysanthème en fleurs.

La marguerite plus ne dure,

Quand l'automne, de ses doigts lourds,

Des mousses jaunit le velours

Et disperse au vent la verdure.

Même après l'adieu du soleil,

Seul, dans les jardins qu'il décore,

Le chrysanthème s'ouvre encore,

À mon cœur fidèle pareil.

Pour savoir à quel point je t'aime,

Effeuille, en rêvant, mon trésor,

Non la marguerite au cœur d'or,

Mais le cœur blanc du chrysanthème!