La Méditerranée

A. Auzende

Ô Méditerranée, ô mer tiède, ô mer calme,

Grand lac que sans effroi traversent les oiseaux,

Les aiguilles des pins d'Italie & la palme

Vibrent dans la clarté limpide de tes eaux.

Tes golfes dentelés ont de divins caprices,

Ton éclatant rivage a des cailloux d'argent,

Et la voile latine erre sur tes flots lisses,

Charmante comme un cygne immobile en nageant.

Amphitrite lascive à longue tresse blonde,

Ta tunique flottante entr'ouvre, quand tu dors,

Ses plis blancs, & trahit sous l'éclat pur de l'onde

Des frissons bleus qui sont les veines de ton corps.

Tu t'étends paresseuse, & le ciel tremblant semble

Descendre de là-haut pour dormir avec toi;

Et, pendant que ton lit parfumé vous rassemble,

Tu chantes comme en rêve & sans savoir pourquoi!

Ah! ce n'est pas assez d'être nubile & belle

Et d'étaler ainsi ton beau corps au soleil,

En gardant que le vent ne trouble d'un coup d'aile

Les frémissements doux de ton léger sommeil!

Il ne nous suffit pas d'entendre des bruits vagues,

Et l'Océan le sait, lui qui fait chaque jour

Retentir dans un choc de révolte ses vagues,

Pendant que tu souris, languissante d'amour!