Les roseaux du golfe

A. Auzende

Je sais un bouquet de roseaux

Qui dans le golfe, au bord des eaux,

Est solitaire;

Mélodieux, frais et serré,

Pour moi ce petit bois sacré

Garde un mystère.

Le joli golfe est peu connu;

Jamais étranger n'est venu

Fouler sa grève;

On y va par un sentier creux:

C'est un de ces coins d'amoureux

Comme on en rêve.

Creusés d'antres, de hauts rochers

Où pendent des pins accrochés,

C'est la falaise;

Au bas, la plage en sable fin

Qu'en mourant d'une mort sans fin

La vague baise.

Là sont mes roseaux, drus et droits;

Vous en verrez en peu d'endroits

Si près de l'onde;

Hiver, été, ni jour ni nuit,

L'eau qui près d'eux fait un doux bruit

Jamais ne gronde.

Que ne suis-je aimé! Dans ce lieu,

Chancelant comme un jeune dieu

De jeunesse ivre,

J'irais, cœur gonflé de désirs,

Près des roseaux pleins de soupirs

Me sentir vivre!

Quand j'arrive là, j'ai l'espoir

A travers les roseaux de voir

L'Ondine nue

Pour qui le Faune, son amant,

Planta dans un désir charmant

Cette avenue.

Car je crois que là, nuit et jour,

Un Satyre implorant d'amour

L'Ondine blonde

Qui veut l'attirer sous les eaux,

Redit sur sa flûte en roseaux

L'appel de l'onde.