Certes mon œil fut trop avantureux

A. Bertrand

Certes mon œil fut trop avantureux

De regarder une chose si belle,

Une vertu digne d'une immortelle,

Et dont Amour est mesmes amoureux.

Depuis ce jour je devins langoureux

Pour aymer trop ceste beauté cruelle:

Cruelle non, mais doucement rebelle

A ce desir qui me rend malheureux:

Malheureux, non, heureux je me confesse,

Tant vaut l'amour d'une telle maitresse,

Pour qui je vy, et à qui je veux plaire.

Je l'ayme tant qu'aymer je ne me puis,

Je suis tant sien que plus mien je ne suis,

Bien que pour elle Amour me desespere.