Clair de lune

A. Chapuis

Errer par la nuit amicale

Calmera ton fiévreux tourment,

Errer doucement, en rhythmant

Tes rêves à ca marche égale;

Le soleil, splendide ce cruel

Ainsi que l'amour dont tu souffres,

Vient de s'abîmer dans les gouffres

Incommensurables du ciel;

Tu peux, sans craindre d'insolence

Des vains bruits, t'écouter penser,

Car voici que va commencer

Le règne assoupi du silence;

Et déjà luit sur les toits bleus

La pâle espérance céleste

Qui dissipe l'ombre funeste

Avec ses doux rayons frileux!

C'est par la ville humide un peu

Du clair souvenir de la pluie,

Que ta promenade s'ennuie,

Car tu t'attristes du soir bleu.

Nulle des étoiles percées

Au métal du ciel rajeuni

Ne laisse jusqu'à l'infini

Jaillir tes subtiles pensées;

Et, comme l'or d'un mauvais vin.

L'au-delà que ta soif contemple

Rutile à travers la lune ample

Où ton espoir se cogne en vain.

Afin que ton esprit se recueille, attristé

Des actions mauvaises lâchement voulues,

Après les heures lumineuses révolues

Voici les sombres heures dans le ciel d'été.

Tu peux rougir, puisque ta honte est invisible,

De tous tes vieux péchés commis en chaque lieu;

N'as-ru pas renié ta foi, maudit ton Dieu

Et désiré cruellement d'être nuisible?

Confesse-toi: la nuit t'exhorte au repentirs

Les ténèbres et le silence y sont propices:

Et puis, ne vois-ru pas, du haut des précipices,

Surgir la lune — clairon d'or! — pour t'avertir?

Reste sourd au mauvais conseil

Des tentations éloquentes,

Et fuis, dans L'exil du sommeil,

Les chères veilles fatigantes;

N'écoute pas le son charmeur

Que prend chaque voix illusoire,

Aussi vaine que la clameur

Des victoires et de la gloire.

Et clos tes yeux pour ne pas voir

Se dégrafer la nuit cynique

Qui fait saillir sous le ciel noir

Le globe d'or d'un sein unique!