Le souvenir unique

A. Cozanet

Jusqu'a l'instant où mes yeux se fermeront pour toujours,

je remercierai le Seigneur d'avoir permis

qu'un tel souvenir enchantât ma vie.

A l'instant où mes yeux se fermeront pour toujours,

c'est ton nom que je prononcerai,

et celui du jardin abandonné qui fut, pour nous,

pendant deux nuits, le plus magnifique des palais.

Les bosquets du Paradis ne me feront pas oublier,

pauvres arbres du jardin d'Ekoûm,

que j'ai goûté, sous vos branches,

des délices qui m'arrachaient des larmes!

Les somptueux tapis des pelouses sacrées seront

moins veloutés que ton gazon pelé,

sur lequel nous nous sommes assis, jardin d'Ekoûm,

et le gazouillement de la fontaine Tasnim sera moins mélodieux

que la source qui filtrait entre tes rocailles...

Bien-aimée, maintenant que je suis parti,

reviendras-tu t'asseoir dans le jardin abandonné?

Céderas-tu à la douceur d'aller rêver à mon amour,

et à ma tristesse, si tu la devines?

Un soir, comme si j'étais là, mets-toi nue,

joyeusement, sous les arbres du jardin d'Ekoûm!