Le palais ruiné

A. de Polignac

Le torrent bondit et gronde,

le vent hurle dans les pins,

les rats fuient à mon approche

et vont se cacher sous les vieilles tuilles.

Quel monarque, jadis, fit bâtir ce palais

dont ne subsistent que des ruines

au flanc d'une montagne abrupte?

Des flammes bleuâtres courent au ras du sol.

On perçoit des gémissements, des râles.

Ces Dix Mille voix de la nature forment un sauvage concert

qui ajoute au tragique de l'automne.

Le maître de ce palais avait de belles danseuses,

qui sont aujourd'hui de la poussière froide.

Il avait des chars, des guerriers.

De tout ce faste, de toute cette gloire, que reste-t-il?

Un cheval de marbre, qui gît dans l'herbe.

Mon immense tristesse, je voudrais l'épancher dans un poème durable,

mais je pleure, et mon pinceau tremble.