Sérénade mélancolique

A. Flégier

Viens entendre sous la feuillée,

La dernière chanson des nids

Et les murmures infinis

De la forêt ensommeillée.

Tout se taira dans un instant,

Sous la grande aile du silence

Qui, dans l'air tiède encor, balance

Des doux rêves l'essaim flottant.

-- Dans la brise qui pleure,

Ô mon amour,

Écoute passer l'heure

Où fuit le jour!

Viens t'énivrer, dans la prairie

Du dernier parfum de ses fleurs.

Quand l'Aube y posera ses pleurs,

Plus d'une hélas? sera flétrie,

Sur l'herbe où l'insecte s'endort

Quant, aux cieux, s'ouvrent les étoiles,

L'ombre étend ses premières toiles,

Se referment les boutons d'or.

-- Au versant de la plaine

Où vient la nuit,

Respire encore l'haleine

Du jour qui fuit.

Viens contempler dans la vallée

Le dernier éclat du couchant.

La lune, à l'horizon penchant,

De blanches vapeurs est voilée.

[Et, sous les souffles apaisés

On dirait qu'au bord de la nue,

Phébé doucement est venue

Verser la coupe des baisers.

-- Sous la brise qui pleure,

Ô mon amour,

Aimons! car voici l'heure

Où fuit le jour!]