Pauvre cœur blessé

A. Flégier

Pauvre cœur blessé, pars, adieu!

Lentes, froides, viennent tes heures;

Vois resplendir d'autres demeures,

Pauvre cœur blessé, pars, adieu!

Le cri dernier de ta souffrance

Te sera, mourant, moins amer

Que la longue et mortelle transe

Que tu nommais ta vie hier.

C'en est fait, ton soupir s'efface:

Pauvre cœur brisé, dors, adieu!

Goutte de sang, larme à ta face,

Frisson muet, tout fuit sans trace;

Pauvre cœur brisé, dors, adieu!

La mort n'est qu'un sommeil suprême:

Ainsi la lame a déferlé,

Ainsi sur la plage, roulé,

En paix enfin tu dors toi-même.

Pauvre cœur brisé, dors, adieu!