Bergère et chasseur

A. Gouzien

Des l'âge de quinze ans que mon père me gage,

Il m'a gage' pour les moutons garder

J'étais encor trop jeune, ils m'avont renvoyé!

A l'ombrage d'un bois, je me suis endormie,

Au chemin passe un chasseur de l'endroit,

Qui m'a dit: "Ma bergère, n'avez-vous pas froid?

"Bell', si vous avez froid, doublons la couverture,

"Mon bel habit et mon manteau joli,

"Mon petit coeur, mignonn', si ça Vous fait plaisi.

De votre petit coeur, je n'm'en ensouci guère,

Je suis fillett', fillette à marier,

J'ai mon honneur de fill', je veux le conserver.

Pour qui le gardes-tu, ton honneur, ma bergère?

Eh! Je le gard' pour mon mignon berger,

Au son de sa musique il m'apprend à danser.

De ton berger, mignonn', ne fait pas tant la fière,

Il est à Paris, au service du roi,

Je suis son capitaine, il n'en reviendra pas.

Mais s'il est à Paris, il f'ra bien connaissance,

Avec le roi qui est un bon enfant;

Il donn'ra le congé à mon mignon berger.