La mort de la brune

A. Gouzien

Je n'avais que quinze ans,

J'allais voir une brune,

J'allais la voir

D'un coeur bien tendrement,

J'allais la voir, ma mi', souvent!

Et mais j'allais la voir,

C'est trois fois la semaine.

J'allais la voir

Pensant la rejoui',

J'allais la voir, ma mi', mouri'.

Elle est près de mouri',

Encore ell' m'y regarde,

Elle a tiré

Sa main blanche du lit,

Pour dire adieu à son ami.

- Galant, si vous m'aimez,

Allumez-moi-z-un cierge,

Vous le mettrez

Au chevet de mon lit,

Galant, pour m'éclairer mouri'.

"Ah! ma mi', voulez-vous

Le médecin de Nantes.

"De Fontenoy,

"Ou celui de Paris?

"Je vais, ma mi', aller le qu'ri."

Quand fut à mi-chemin,

Son vieux pere l'appelle;

" - Tournez; tournez,

Mon bel enfant chéri,

Car votre brune vient d'fini'.

Père, si j'avais su

Que ma mi' serait morte,

Je m'en serais assis

Au chevet de son lit,

Je l'aurais vu, ma mi', mouri'.

" - Mon fils, n'y a-t-il pas

" D'autres filles en Nantes?

N'y a-t-il pas

La fill' du président,

Qui a de l'or et de l'argent?

" - Père, j'aimerais mieux

Ma mi' nue en chemise,

Et que non pas

La fill' du président,

Avec son or et son argent.