Enfant rieuse, enfant vivace
A. Magnard
Enfant rieuse, enfant vivace, dont la beauté croît chaque jour,
tu babilles, tu cries, tu t'élances, tu cours,
gaie comme les oiseaux et libre comme l'air!
Les jeunes femmes s'extasient sur l'éclat
de ton teint, de tes lèvres rosées,
de tes sombres yeux bleus, couleur de notre amour.
Enfant espiègle, enfant mutine, dont la grâce
croît chaque jour, tu chantes et tu ris,
tu souris et tu joues, insoucieuse de l'avenir!
Seras-tu quelque vierge impérieuse et fière,
affranchie de l'amour par un amour plus haut,
noblement occupée à délivrer du joug
tout le sexe que l'homme abaisse a ses désirs?
Ou quelque tendre épouse, affectueuse et douce,
vouée à ton élu, fidèle à tes devoirs?
Joue enfant sans souci de ces choses futures!
Que les baisers de l'air animent ton beau teint
Que l'arome des fleurs voltige sur tes lèvres!
Que la splendeur du ciel se reflète en tes yeux!
Rapide passera le temps de tes joies.
Les désirs, les pensers imprimeront bientôt
leur marque douloureuse à ton front innocent.
Babille, chante, crie, et de toute ton âme!
Un long sommeil sera le prix de ton effort.
Dans le parc enchanté tu verras apparaître
la fée aux sourires et le prince charmant.