Je n'ai jamais connu les baisers d'une mère

A. Magnard

Je n'ai jamais connu les baisers d'une mère

et dans la solitude mon enfance a langui.

À l'âge où la nature nous semble une féerie,

j'ai pleuré, j'ai souffert et regretté de vivre.

Echappé de l'enfance, comme d'un dur cachot,

j'aurais étreint le monde en ma joyeuse ivresse.

Le cynisme de l'homme a flétri cette joie.

J'ai prolongé l'ennui, retardé le repos

des vendeuses d'amour aux caresses serviles.

J'ai bondi dans l'étude et touché le néant

de la pure pensée et de l'art impassible,

car le verbe n'est rien sans l'esprit qui l'anime

et tout l'esprit n'est rien sans la chair qui l'émeut.

Révèle-toi, surgis, reine de mes désirs,

femme que j'aimerai, femme qui dois m'aimer!

Tu es et je te veux, tu es et je t'ignore.

Ô mon espoir, ma foi ma beauté, m'entend-tu,

entends-tu ma plainte désolée?

Un frais matin d'automne, elle m'est apparue,

douce, mélancolique et charmante...