Pantomime

A. Rostand

Arlequin, l'amant ténébreux,

A jeté sa batte aux orties

Et prend des mines repenties;

Sur la guitare au ventre creux

Sa main s'agite, et le bois pleure:

« Colombine, apparais, c'est l'heure!

Mon museau noir, te fait-il peur?

Les lys ne fleurissent qu'à l'ombre;

Mon œil clair luit sous mon front sombre.

Pierrot était blanc, mais trompeur;

Un sorbet qui fond dans un verre.

Mignonne, si tu m'es sévère,

Loin des bosquets et loin des fleurs,

Des sauts et des soufflets épiques,

J'irai mourir sous les tropiques! »

Colombine, les yeux en pleurs,

Mais le sourire sur les joues:

« Méchant, quel vilain air tu joues!

Tu veux donc, que je pleure aussi! »

Et lui, la voyant douce ainsi,

A sa chanson soudain fait trêve.

Pensif, il la contemple et rêve!