Printemps

C. Erlanger

L'Hiver se fâche! il a raison,

Son temps n'est pas près de renaître;

Le Printemps heurte à la fenêtre

Et le chasse de la maison.

Tout vibre, à l'aube purpurine,

Sous la neige, linceul usé,

Et l'alouette au ciel rosé

Fait tinter sa claire clarine.

L'Hiver rage, sacre, dit non,

Comme un vieux roi qui gronde un page;

Le Printemps fait plus de tapage

Et s'esclaffe au nez du grognon.

L'Hiver, la mine rechignée,

Tout en fuyant par le chemin,

Prend de la neige dans sa main

Et, traître, en lance une poignée…

Mais qu'importe au Printemps! Pareil

À quelque rose enfant qui joue,

Il s'en lave en riant la joue,

Et n'en paraît que plus vermeil!