Harmonie Poétique

C. Lefebvre

Ô terre, ô mer, ô nuit, que vous avez de charmes!

Miroir éblouissant d'éternelle beauté,

Pourquoi, pourquoi mes yeux se voilent-ils de larmes

Devant ce spectacle enchanté?

Pourquoi devant ce ciel, devant ces flots qu'elle aime,

Mon âme sans chagrin gémit-elle en moi-même,

Jéhovah, beauté suprême?

C'est qu'à travers ton œuvre elle a cru te saisir;

C'est que de tes grandeurs l'ineffable harmonie

N'est qu'un premier degré de l'échelle infinie

Qu'elle s'élève à toi de désir en désir,

Et que plus elle monte, et plus elle mesure

L'abîme qui sépare et l'homme et la nature

De toi, mon Dieu, son seul soupir!

Noyez-vous donc, mes yeux, dans ces flots de tristesse;

Soulève-toi, mon cœur, sous ce poids qui t'oppresse;

Élance-toi, mon âme, et, d'essor en essor,

Remonte de ce monde aux beautés éternelles,

Et demande à la mort de te prêter ses ailes;

Et, toujours aspirant à des splendeurs nouvelles,

Crie au Seigneur: « Encore, encor! »