Certes, si tu le veux mériter, mon fils, oui

C. Tournemire

Certes, si tu le veux mériter, mon fils, oui,

Et voici. Laisse aller l'ignorance indécise

De ton coeur vers les bras ouverts de mon Église

Comme la guêpe vole au lis épanoui.

Approche-toi de mon oreille Épanches-y

L'humiliation d'une brave franchise

Dis-moi tout sans un mot d'orgueil ou de reprise

Et m'offre le bouquet d'un repentir choisi.

Puis franchement et simplement viens à ma table,

Et je t'y bénirai d'un repas délectable

Auquel l'ange n'aura lui-même qu'assisté,

Et tu boiras le Vin de la vigne immuable

Dont la force, dont la douceur, dont la bonté

Feront germer ton sang à l'immortalité.

Puis, va! Garde une foi modeste en ce mystère

D'amour par quoi je suis ta chair et ta raison,

Et surtout reviens très souvent dans ma maison,

Pour y participer au Vin qui désaltère,

Au Pain sans qui la vie est une trahison,

Pour y prier mon Père et supplier ma mère

Qu'il te soit accordé, dans l'exil de la terre,

D'être l'agneau sans cris qui donne sa toison,

D'être l'enfant vêtu de lin et d'innocence,

D'oublier ton pauvre amour-propre et ton essence,

Enfin, de devenir un peu semblable à moi

Qui fus, durant les jours d'Hérode et de Pilate

Et de Judas et de Pierre, pareil à toi

Pour souffrir et mourir d'une mort scélérate!

Et pour récompenser ton zèle en ces devoirs

Si doux qu'ils sont encor d'ineffable délices,

Je te ferai goûter sur terre mes prémices,

La paix du coeur, l'amour d'être pauvre, et mes soirs

Mystiques, quand l'esprit s'ouvre aux calmes espoirs

Et croit boire, suivant ma promesse, au Calice

Eternel, et qu'au ciel pieux la lune glisse,

Et que sonnent les angelus roses et noirs,

En attendant l'assomption dans la lumière

L'éveil sans fin dans ma charité coutumière,

La musique de mes louanges a jamais,

Et l'extase perpétuelle et la science,

Et d'être en moi parmi l'aimable irradiance

De tes souffrances, enfin miennes, que j'aimais.