Le Soir et la Douleur
C. Widor
La Douleur dit au Soir: « Oh! viens, toi que j'appelle,
Toi le seul qui jamais ne m'as fait mal! »
Et le Soir souriant et pâle vient vers elle
Sur l'escalier du ciel occidental.
Le Soir à la Douleur murmure: « Mon aimée! »
Il la prend par les mains, la force de s'asseoir.
Et comme elle se sent intimement charmée
Par la caresse apaisante du Soir!
Le Soir dit: « Mon aimée, entends mourir le monde,
Et se taire la voix de ces hommes cruels,
Et descendre la Nuit, ma sœur triste et féconde,
Les bras chargés de lys surnaturels! »
La Douleur au beau Soir répond: « J'ai peur de l'ombre
Comme j'ai peur de l'homme et du jour obsesseur.
J'ai peur de ces milliers de regards du ciel sombre.
Je t'aime toi pour ta morne douceur! »
Mais le Soir n'entend plus ce soupir; il se lève,
Il voudrait embrasser l'aimée, il ne peut pas;
Il est déjà lointain et vague comme un rêve,
Et la Douleur reste seule ici-bas.