La Danseuse aux crotales

Debussy, Claude

Tu attaches à tes mains légères

tes crotales retentissants, Myrrhinidion ma chérie,

et à peine nue hors de la robe,

tu étires tes membres nerveux.

Que tu es jolie, les bras en l'air,

les reins arqués et les seins rouges!

Tu commences : tes pieds l'un devant l'autre se posent,

hésitent, et glissent mollement.

Ton corps se plie comme une écharpe,

tu caresses ta peau qui frissonne,

et la volupté inonde tes longs yeux évanouis.

Tout à coup, tu claques des crotales !

Cambre-toi sur tes pieds dressés, secoue les reins,

lance les jambes et que tes mains pleines de fracas appellent

tous les désirs en bande autour de ton corps tournoyant !

Nous applaudissons à grands cris, soit que,

souriant sur l'épaule, tu agites d'un frémissement

ta croupe convulsive et musclée,

soit que tu ondules presque étendue,

au rythme de tes souvenirs.