Les Courtisanes égyptiennes
Debussy, Claude
Je suis allée avec Plangon chez les courtisanes
égyptiennes, tout en haut de la vieille ville.
Elles ont des amphores de terre, des plateaux
de cuivre et des nattes jaunes où elles
s'accroupissent sans effort.
Leurs chambres sont silencieuses, sans angles
et sans encoignures, tant les couches
successives de chaux bleue ont émoussé les
chapiteaux et arrondi le pied des murs.
Elles se tiennent immobiles, les mains posées
sur les genoux. Quand elles offrent la bouillie
elles murmurent: « Bonheur. » Et quand on les
remercie, elles disent: « Grâce à toi. »
Elles comprennent le hellène et feignent de le
parler mal pour se rire de nous dans leur
langue; mais nous, dent pour dent, nous
parlons lydien et elles s'inquiètent tout à coup.