Duo (Lia & Azaël): "Rouvre les yeux à la lumière"
Debussy, Claude
LIA
Rouvre les yeux à la lumière,
O mon fils adoré!
Reconnais ma voix, entends ma prière, Azaël!
AZAËL
(a part, presque sans voix)
Dans mon sein un rayon est entré!
Un voile moins épais obscurcit ma paupière,
Qui m'appelle?
LIA
C'est moi, ta mère!
AZAËL
Ma mère! Tu me pardonnes?
LIA
Ah! lève ton front pâli:
Qu'à jamais le passé demeure enseveli.
AZAËL
Heures fortunées! Après des années,
Tremblant et confus,
Je songe au retour.
LIA
Heures fortunées! Après des années,
Dans le désespoir,
J'attends ton retour!
Et plein d'allégresse,
Mon cœur qui te presse.
Ainsi qu'autrefois
Te rend son amour!
AZAËL
Heures fortunées! Après des années!
Après des années, Je songe au retour.
Heures fortunées! Après des années,
Tremblant et confus,
Je songe au retour.
Et plein d'allégresse
Ton cœur qui me presse.
Ainsi qu'autrefois
Me rend son amour!
AZAËL
Au nom de mes remords, de mes maux, de mes larmes,
Je suis digne de ta pitié!
LIA
Par ton seul repentir,
Enfant tu me désarmes,
N'es tu pas assez châtié.
AZAËL
Pour te bénir, ma vie, hélas! sera trop brève:
Je m'humilie, à tes genoux.
LIA
Bannis tes souvenirs, ainsi qu'on chasse un rêve.
Reprends ta place parmi nous.
LIA
Heures fortunées! Après des années!
Dans le désespoir,
J'attends ton retour!
En son allégresse
Mon cœur qui te presse
Ainsi qu'autrefois
Te rend son amour, te rend son amour!
AZAËL
Heures fortunées! Après des années!
Tremblant et confus,
Je songe au retour.
Ton cœur qui me presse
Ainsi qu'autrefois
Me rend son amour, me rend son amour!
AZAËL
Du côté du village, j'entends là bas,
Avec de voix un bru â de pas...
Je tremble...
LIA
C'est ton père...il vient vers ce rivage
Entouré des siens...
(aux serviteurs qui s'empressent autour d'elle)
C'est Azaël, le fils de votre maitre;
mourant de faim, sanglant et nu..
(à Siméon qui parait)
Azaël! notre fils.....
SIMÉON
Mon fils est revenu!
LIA
Il attend son arrêt courbé dans la poussière...
Sa prière monte humblement vers toi!
SIMÉON
Qui dois je faire? Seigneur, inspire moi!
LIA
Ne garde pas un front sévère,
A qui t'implore à deux genoux.
Pardonne au fils! songe à la mère.
Le bonheur revient parmi nous!